Une nouvelle page pour les Tops français

Les classements des ventes de disques en France s’apprêtent à franchir une nouvelle étape de leur histoire.
À partir d’aujourd’hui (semaine du 27 avril au 3 mai 2018), seules les écoutes en streaming des abonnés payants, également appelés abonnés Premium, seront prises en compte pour l’établissement du Top Singles fusionné et du Top Albums fusionné.

Pourquoi ce changement ? Il s’agit en réalité d’un mouvement général déjà mis en place, ou sur le point de l’être, sur plusieurs des marchés de la musique enregistrée de par le monde, dont le sens est d’accentuer l’importance des segments générateurs de valeur, évidemment vitaux.

L’approche se sera faite en deux temps. Face à un marché du téléchargement qui n’a jamais réussi à rattraper le niveau du début des années 80 pour le 45 tours ou la fin des années 90 pour le CD-2 titres, l’industrie musicale a tout misé sur le streaming. Et pour accompagner son développement, elle a commencé par intégrer les écoutes en streaming dans les charts officiels au prix de règles arbitraires, mais comment aurait-il pu en être autrement s’agissant de consolider en un même palmarès deux modes de consommation, achats numériques ou physiques et écoutes à l’unité, radicalement différents ?
Ainsi le streaming fit son intrusion dans les charts US (2007), britanniques, allemands et italiens (2014), espagnol (2015) et français (2016).
Hormis l’Allemagne, tous ces marchés ont démarré en comptant les streams des abonnés payants et des abonnements financés par la pub (également appelés Freemium) sans distinction.
Et maintenant que le streaming a maintenu une forte croissance sur les 4 dernières années, et que le noyau d’abonnés payants continue à se développer, il faut doper cette croissance bienvenue. Et notamment en France où seul un streamer sur 4 est abonné (contre 1 sur 2 aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne).
Se focaliser sur les abonnements payants peut participer à cet objectif. L’Italie a déjà fait la démarche. Les États-Unis s’apprêtent, eux, à partir de juillet prochain, à amoindrir la contribution des streams Freemium dans la formule du Hot 100 du Billboard. Et, pour une fois, la France n’est pas à la traîne dans ces changements de méthodologie internationaux.

Quel impact concret cela va-t-il avoir sur le Top Singles fusionné ?
En premier lieu, le poids du streaming va mécaniquement baisser dans la « consommation » totale et un rééquilibrage vers les titres téléchargés va s’opérer. Cela va atténuer la coloration fortement rap du Top Singles fusionné actuel et amènera une diversité de genres plus importante. D’autant qu’en termes de pyramide des âges, la structure utilisateur / abonné Premium met en lumière une représentation accrue des trentenaires. D’après l’Economie de la Production Musicale 2017 publiée par le Snep, cette tranche d’âge, bien que représentant 15% de la population française constitue 27% des abonnés payants (alors qu’elle ne revendique que 18% des streamers totaux, Premium et Freemium confondus). Ce différentiel, le plus important toutes tranches d’âge confondues, contrebalancera la surreprésentation des 15-29 ans (22% de la population française, 33% des streamers français et 35% des abonnés tricolores) et mettra la lumière sur un répertoire un peu plus mature.

À quelques heures du premier classement de cette nouvelle ère, l’expectative est grande et les Tops nouveaux donneront matière à une analyse riche, comme à chaque tournant de leur histoire.

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