Les charts US et UK en 1998

A l’heure où les charts américains et britanniques continuent de subir des changements de méthodologie pour tenter de refléter au mieux la popularité des chansons et des albums, retour sur la fin des années 90 où les deux charts avaient de substantiels défis à relever, dans deux marchés du disque extrêmement différents.

1998 voit des changements majeurs s’opérer sur les deux grands marchés mondiaux du disque que sont le Royaume-Uni et les États-Unis.
En Grande-Bretagne tout d’abord, une frénésie dans les ventes de singles, amorcée en 1993, culmine avec un effet spectaculaire où l’on voit un roulement à la tête du classement de près d’un nouveau Numéro 1 par semaine. Les charts britanniques, réputés pour être dynamiques, ont franchi un nouveau seuil. Une politique de marketing généralisée, qui consiste à commercialiser les singles à des prix réduits la première semaine de leur sortie, réussit à enrayer la tendance « ascensionnelle » d’une entrée dans le palmarès : dans 9 cas sur 10, le classement d’un single enregistré la première semaine de présence sera également son meilleur classement ; il ne fera que chuter à partir de là. Combinée à une promotion médiatique qui tourne le dos à un disque de plus d’une semaine d’existence commerciale, cette politique se traduira par de spectaculaires entrées directement à la première place, semaine après semaine. La durée de vie dans le classement s’est réduite comme peau de chagrin : figurer plus de cinq semaines de suite dans les charts relève du miracle. Parfois même, ce seront les maisons de disque elles-mêmes qui « tueront » un de leurs poulains : en vendant le single un pence moins cher que le seuil minimal de qualification nécessaire pour faire partie de l’enquête, elles évacueront les singles trop persistants pour les remplacer par les suivants. Ainsi fut sacrifiée la chanson “No Matter What” des Boyzone pour ne pas gêner la sortie du single suivant du groupe.

L’hyper-activité des charts britanniques verront même les spécialistes suivre jour par jour l’évolution des ventes et spéculer sur les résultats de fin de semaine. Loin de la relative imprévisibilité inhérente à tout phénomène socioculturel de masse, l’étonnante cohérence du comportement global des charts laisse désormais penser qu’ils sont devenus le reflet des goûts d’une catégorie bien spécifique de la population britannique, une tranche d’âge manifestement jeune, affectée par les mêmes discours, « impactée » par les mêmes campagnes de promotion et, ce qui est plus suspect, disciplinée au point d’agir de concert !

À l’inverse, aux États-Unis, le marché du single est moribond. Les maisons de disques ont définitivement décidé de ne miser désormais que sur les albums et éditent de moins en moins de formats courts. Du coup, les disques disponibles à la vente sont peu nombreux et le roulement dans les bacs des disquaires est très lent. Conséquence immédiate : les charts semblent figés dans un immobilisme inébranlable. Les titres y restent classés une vingtaine de semaines, les nouveautés sont rares. Les radios, elles, se sont repliées sur les extraits des albums pour dynamiser leurs programmations, à tel point que les succès radios n’ont plus rien à voir avec les titres les plus vendus. Le magazine Billboard entreprend alors le sauvetage in extremis de son renommé Hot 100. Il modifie la règle du jeu et décide d’établir un classement hybride compilé en partie minime sur les données des ventes réelles et en partie prépondérante sur les chiffres des programmations radios : dès lors, les titres extraits des albums, les « tracks » (les plages), sont classés bien qu’ils ne soient pas disponibles à la vente. Les charts deviennent ainsi les palmarès des chansons les plus diffusées et, à moindre degré, les plus vendues. Entrée en vigueur en décembre 1998, cette modification revitalisera le Hot 100, même si la règle adoptée recèle des cas litigieux difficiles à trancher (si les radios se mettent à diffuser abondamment la « face B » d’un single, faut-il répertorier un nouveau titre ou imputer ses passages radios à la « face A » ?, etc.). Un rapide coup d’œil chez les voisins canadiens, dont le marché souffre des mêmes problèmes, montrera l’étendue des dégâts. En mai 1999, presque deux ans après sa sortie, “Candle In The Wind 1997” est encore classé dans le top 20, non pas par engouement excessif envers Elton John, mais simplement parce que le nombre de singles disponibles à la vente n’est plus suffisant pour renouveler le classement !

De part et d’autre de l’Atlantique, deux marchés radicalement différents s’opposent désormais. Malgré cela, une chanson réussira à en faire la synthèse : avec “How Do I Live”, la chanteuse LeAnn Rimes établit en 1998, à la fois en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le record du single le plus longtemps classé dans les charts de ces deux pays (69 semaines dans le Hot 100 américain, 36 dans le top 100 britannique).

Vu les disparités dans la nature de ces deux marchés, c’est, à n’en pas douter, une bien singulière performance!

 

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