Aujourd’hui, le Top 50 fête ses 32 ans. Ou est-ce ses 55 ans ?

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L’histoire bien méconnue du Hit-Parade français.

S’agissant de « Top 50 », de « classement des ventes de disques » ou encore de « Top Singles », l’histoire communément admise est que tout a démarré le 4 novembre 1984 avec le lancement de Canal + et du Top 50, avec « Besoin de rien, envie de toi » de Peter et Sloane en porte-drapeau d’une émission et d’un outil maintes fois célébrés depuis, dans nombre d’émissions revival.

Or, de longues recherches, démarrées en 2012 suite à de multiples échanges avec Dominic Durand, du site infodisc.fr, et avec Cédric Lang, que je remercie tous deux chaleureusement ici, montrent à présent que l’histoire d’un classement officiel français des ventes de disques ne commence pas en 1984, mais en… 1961!

Il était une fois…

1961 – 1964

Il était une fois un magazine américain, lancé en 1894, et qui allait devenir une référence internationale incontournable pour les professionnels de la musique et les mélomanes, Billboard.

Réputé pour avoir concocté les premiers hit-parades de ventes de disques aux États-Unis, Billboard Music Week (BMW), son titre dans les années 60, lance le 10 avril 1961 une rubrique intitulée « Hits Of The World » où il reproduit les hit-parades de ventes des principaux marchés mondiaux du disque.

Seulement voilà, la France, alors, ne dispose pas d’un tel outil.

Qu’à cela ne tienne ! Le magazine confie à son correspondant à Paris, Eddie Adamis, le soin de superviser la création d’un tel hit-parade.

Comment exactement Adamis a procédé pour collecter ses informations et compiler ce hit-parade n’est explicité dans aucun des articles de Billboard de l’époque et restera probablement à jamais une inconnue.

Cependant, ce qu’il est possible d’affirmer est que les classements qu’il publiait semblent extrêmement plausibles au regard des divers recoupements qu’il est possible de faire aujourd’hui avec, d’une part, quantité d’informations disponibles sur internet et avec, d’autre part, des travaux rétrospectifs qui, depuis, ont été effectués, tel celui de Fabrice Ferment en 2001 dans son livre « 40 ans de tubes ».

Les spécificités de cette époque ?

D’abord que le format court de prédilection n’est pas encore le 45-tours des années 70 et 80, mais le « Super 45-tours », deux galettes de vinyle vendues ensemble et comptant jusqu’à 4 chansons. Le terme anglo-saxon pour désigner ce format est « Extended Play » ou EP.

Ensuite que l’époque est celle où il est d’usage qu’à chaque nouveau tube, quantité d’artistes de premier plan proposent chacun leur propre version.

Adamis choisit de cumuler dans son classement les ventes de toutes les versions d’une même chanson en une seule position pour éviter d’avoir parfois jusqu’à 4 ou 5 versions différentes d’une même chanson monopoliser son Top 20.

Un choix plus contestable est celui qu’il effectue en cumulant, par moments, les ventes d’un EP avec le suivant du même artiste lorsque les ventes du premier ne se sont pas encore essoufflées au moment où paraît le suivant.

Dans le tout premier Hit-Parade français que publie Billboard le 5 juin 1961, le numéro 1 échoit à Edith Piaf et à son Super 45-tours où figure notamment « Non, je ne regrette rien », chez Columbia.

Le Numéro 1 au plus long règne de cette période 61-64 est « Viens danser le twist / Let’s Twist Again » qu’interprètent Johnny Hallyday, Richard Anthony, Chubby Checker, The Golden Guitars, Les Chats Sauvages, parmi tant d’autres ! Il restera 17 semaines en pole position.

Il faut mentionner également « Retiens la nuit » de Johnny Hallyday et « La Mamma » de Charles Aznavour qui cumulent, chacun, 14 semaines en première position, faisant d’Aznavour l’auteur le plus performant de cette période puisqu’il signe les deux chansons.

Le titre « Telstar » des Tornados chez Decca est le premier instrumental à se classer, seul et sans lui adjoindre les autres versions du moment, numéro 1 en décembre 1962.

1965-1968

Adamis démissionne de Billboard en mai 1964. Pendant plusieurs mois, le magazine tente de lui trouver un remplaçant avec une mission, explicitée dans le numéro du 13/06/1967: « superviser la préparation de ce qui sera la liste la plus réputée des meilleures ventes de disques en France ».

Gérard Henri Grandjean, de la Discographie Française, fut d’abord embauché, mais n’y resta pas plus d’un mois, de même pour deux autres successeurs. Tout au long de ce semestre, aucun hit-parade français ne fut publié et il a fallu attendre fin 1964 et l’arrivée de Mike Hennessey au poste pour que le processus soit relancé et que les hit-parades hebdomadaires soient à nouveau publiés.

Hennessey en profita pour moderniser le classement: désormais une position du classement allait à un seul disque, même si plusieurs versions d’une même chanson par moments, mais de moins en moins, l’époque évoluant, se retrouvaient à diverses positions dans le Top 10.

C’est dans cette période que les premiers 45-tours simples (par opposition aux Super 45-tours) commencent à être commercialisés en France. Les Anglo-Saxons les appellent Single Plays (SP), terme qui sera, au fil du temps, écourté à Single, resté depuis dans le langage courant français. Ces 45-tours simples feront leur apparition dans le classement proposé par Hennessey, mais à des positions plus faibles que leurs ventes, évaluées a posteriori par Fabrice Ferment, ne laissent présager. Une explication plausible à cela est que  ce nouveau format se vendant 6 francs, contre 10 francs pour les Super 45-tours, Hennessey ait eu recours à une correction de ses chiffres pour  rendre les performances des deux formats comparables, telle que appliquer un ratio rectificatif pour les SP.

Ceci n’empêcha pas « A Whiter Shade Of Pale » des Procol Harum chez Deram de devenir le tout premier 45-tours disponible uniquement en version simple à se classer 1er en mai 1967. Il se paya même le luxe d’entrer directement premier.

Il restera 9 semaines en tête des ventes, tout comme « C’est ma chanson » de Petula Clark chez Vogue et « La Dernière Valse » de Mireille Mathieu chez Barclay, le plus long règne au sommet de cette période.

Période durant laquelle, Sheila deviendra la première artiste à atteindre le chiffre record de 16 numéros 1 à son actif.

Elle se paiera même la singularité de se remplacer elle-même en tête du hit-parade en novembre 1965 lorsque « Le Folklore américain » prend le relais de « Devant le juke-box », EP en duo avec Akim, rééditant un exploit qu’Adamo avait signé en premier, quelques mois auparavant lorsque « Vous permettez Monsieur » fut remplacé par « La Nuit ».

« Delilah », de Tom Jones, sera le dernier numéro 1 a être répertorié avant que les événements de mai et juin 1968 aient lieu et mettent un arrêt momentané aux classements supervisés par Mike Hennessey.

Une fois ces événements passés, le classement français est à nouveau publié dans les colonnes de Billboard pendant 4 semaines… puis, une initiative des maisons de disques françaises viendra lui voler la vedette et mettra de facto un terme à cette période.

1968 – 1977

En juillet 1968, le Snep, qui s’appelle à l’époque Snicop (Syndicat National de l’Industrie et du Commerce Phonographique), et qui avait instauré une instance appelée Cidd (Centre d’Information et de Documentation du Disque) un an plus tôt, annonce que cette dernière est parvenue à un accord avec les maisons de disques affiliées au Snicop, mais, surtout, avec celles qui ne l’étaient pas, telles que Barclay, Vogue, Festival etc., pour le lancement d’un Hit-Parade National des ventes de disques. C’était notamment ce dernier point qui avait jusque-là bloqué toute initiative d’un classement produit par le Snicop.

Le processus est testé durant l’été, est initialement pressenti pour une première publication le 20 juillet 1968 mais le sera effectivement et le 8 octobre 1968.

Un panel, agréé par les maisons de disques partenaires, de 180 disquaires disséminés partout en France, est interrogé périodiquement par courrier sur le niveau de ventes d’une sélection de 25 à 30 disques établie par les maisons de disques elles-mêmes, leurs réponses servant à synthétiser le classement officiel. Le classement est bimensuel initialement, deviendra mensuel, et connaîtra maintes autres évolutions au cours du temps.

C’est une époque où Jacques Masson-Forestier, aux manettes de la production de ce hit-parade, fait gagner la France en visibilité internationale, avec de nombreuses études chiffrées qui trouvent écho à l’international.

Le Hit-Parade National est diffusé dans la presse parisienne mais aussi régionale, pour un lectorat total estimé à 4,5 millions de lecteurs en 1971. 17 stations de radio le diffusent également, en France, au Canada, en Italie, en Allemagne et en Suisse. Et c’est ce classement que publie désormais Billboard.

En novembre 1977, et après moults soubresauts et querelles, plusieurs maisons de disques dont Pathé-Marconi, CBS et Phonogram se retirent du dispositif et laissent derrière elles 15 maisons de disques assumer seules le coût de production de ce classement. Le Hit-Parade National est alors purement et simplement abandonné. Le Snicop, devenu Snepa entre-temps (Syndicat National de l’Edition Phonographique et Audiovisuelle), n’arrive pas à accorder les protagonistes d’une industrie du disque mettant régulièrement en doute le classement du CIDD.

Le Numéro 1 au plus long règne de cette période est le « Casatschok » de Dimitri Dourakine et Son Orchestre chez Philips, qui règne pendant 3 mois et demie au début de l’année 1969.

Johnny Hallyday est l’artiste au plus grand nombre de numéros 1 (9 à son actif durant cette période), suivi de Michel Sardou (8). Et Sheila en profite pour enrichir sa moisson de best-sellers et accroche un 22e numéro 1 à son palmarès en novembre 1977, record faramineux et inégalé encore aujourd’hui !

A partir de décembre 1977, l’industrie du disque et les fans de charts ne disposeront plus d’un quelconque hit-parade officiel, même si plusieurs magazines, notamment professionnels, en proposeront. Il faudra attendre 7 longues années et un fameux 4 novembre 1984 pour que cela change à nouveau!

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