La France se dote d’un nouveau classement des “ventes” d’albums incluant l’écoute en streaming

Comme c’est déjà le cas dans les marchés internationaux majeurs de la musique enregistrée, l’Hexagone vient de franchir le pas pour inclure les streams des titres d’un album dans son classement hebdomadaire des albums les plus populaires.

Le SNEP, Syndicat National de l’Édition Phonographique, commanditaire des classements en France depuis plusieurs décennies, a dévoilé cette nouvelle à l’occasion du point traditionnel sur l’état du marché de la musique en France portant sur le premier semestre de l’année.

Si la pratique d’inclure les chiffres du streaming dans les classements officiels se répand de plus en plus depuis deux ans (Royaume-Uni, États-Unis, pays scandinaves et, plus récemment, en février dernier, Allemagne), la méthode retenue pour convertir des écoutes en « équivalents ventes albums » est loin d’être unique, chacun des pays pré-cités ayant opté pour une méthode différente. Et aujourd’hui, le Snep en a choisi… encore une autre.

Voici la formule retenue par le Snep : tous les streams de tous les titres d’un album donné sont additionnés, à l’exception du titre le plus streamé qui, lui, est diminué de la moitié de ses streams pour ne pas qu’un album cartonne sur la seule base d’un gros tube qu’il contiendrait.

Ce nombre total de streams « corrigé » est ensuite divisé par 1000 et ajouté aux chiffres de ventes physiques et numériques.

En tant que telle, cette formule se rapproche le plus de la méthode britannique, mais marque quelques différences : le nombre de titres dont on ajoute les streams est différent, les deux titres les plus streamés voient leurs chiffres corrigés outre-Manche, et cette correction n’est pas de moitié mais de l’écart par rapport à la moyenne des streams par titre.

Cette méthode est très différente de la méthode retenue par Billboard aux Etats-Unis (où on divise simplement le nombre total de streams par 1500 pour avoir un équivalent-vente album).

Elle est également très différente de celle retenue par la BVMI en Allemagne dont les classements sont pourtant réalisés par le même institut que ceux de la France, GfK. Le concept allemand est beaucoup plus tourné vers la valeur marchande d’un stream ou d’un album et fait intervenir trop de ratios dans plusieurs formules pour que cela puisse être expliqué littéralement.

Le premier Top Albums français incluant les données du streaming est celui de la semaine se terminant le 21/07/2016.

A la première place, il consacre l’album « Emotions » de Jul, troisième meilleure vente de la semaine, mais dont les titres bénéficient d’une forte base d’écoutes en streaming.

Et l’album le plus vendu de la semaine, celui de Claudio Capéo, se retrouve en réalité à la troisième place de ce classement agrégé.

Est-ce à dire que désormais ce type d’anomalie deviendra la règle ?

Il est en réalité trop tôt pour le dire. Notons cependant deux points majeurs : le lancement de ce nouveau Top intervient par hasard une semaine où le meilleur vendeur réalise le plus faible score de ventes hebdomadaires depuis 2009, et l’écart qui le sépare du troisième meilleur vendeur est extrêmement serré : Claudio Capéo n’a vendu que 25% d’exemplaires en plus que Jul, alors que l’écart entre un numéro 1 et un numéro 3 est habituellement beaucoup plus franc. A n’en pas douter ceci a contribué à créer cette singulière distorsion pour ce classement inaugural.

Le classement des ventes d’albums en France a été lancé en novembre 1968 par l’ancêtre du SNEP. Le 6ème album éponyme de Jacques Brel chez Barclay était le tout premier Numéro 1 de l’histoire.

Ce classement a connu de très nombreuses variantes et transformations, et aussi quelques interruptions. Relancé en janvier 1985 en tandem avec le Top 50 sur Canal +, il a connu le vinyle, les CD, puis les téléchargements. Il a comptabilisé les compilations, puis les a exclues, il a pris en compte les albums quels qu’aient été leurs prix de ventes puis a exclu les « mid-price », il a inclus les albums quelle qu’ait été leur date de sortie puis a exclu ceux de plus de 2 ans dans un classement spécifique « back-catalogue » etc.

Et, dans cet ensemble de jalons qui ont émaillé l’histoire du Top Albums, une étape remarquable vient d’être franchie. Pour le meilleur ou pour le pire.

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