Les charts français combineront bientôt ventes et écoutes en streaming

Le mois dernier, le Syndicat National de l’Edition Phonographique (Snep) a tenu sa conférence annuelle sur le marché de la musique enregistrée.
Le streaming était au centre de la présentation, s’affirmant de plus en plus comme un levier incontournable et bienvenu pour la relance de ce marché en décroissance depuis plus d’une décennie.
Toutefois, un élément majeur est passé relativement inaperçu: la présentation d’un Top Albums 2015 combinant ventes et écoutes en streaming.
Pour bien comprendre en quoi cela constituait une percée proéminente, il faut avoir en tête la petite histoire suivante.
En septembre 2014, le Snep mettait en place un Top Streaming des chansons les plus écoutées en France sur les principales plate-formes telles que Deezer, Spotify, Napster, etc.
Le but annoncé était de converger vers un unique Top Singles agrégeant ventes et écoutes, comme c’était d’ailleurs déjà le cas dans les principaux marchés mondiaux.
Jusque-là tout allait bien.
Sauf que le délai initialement annoncé de quelques mois ne fut jamais tenu.
Contacté en Février 2015, le Snep, par la voix de sa directrice de la communication, Patricia Sarrant, indiquait que des points techniques avaient retardé la mise en place de ce classement fusionné mais que ces problèmes devraient être résolus « rapidement ». Ça n’a pas été le cas.

Or le Snep disposait des chiffres de ventes et des chiffres de streaming depuis au moins septembre 2014. Les combiner dans un classement fusionné semble relativement aisé du moment qu’un facteur de conversion d’écoutes en équivalent-ventes est établi.
Ce facteur a été établi à 100 pour 1 aux États-Unis et au Royaume-Uni.
« Ce ne sera pas forcément le cas pour la France », annonçait Patricia Sarrant en février 2015.
En effet, la France entend se conformer aux recommandations de l’Ifpi (International Federation of the Phonographic Industry), organisation internationale chapeautant les associations de producteurs phonographiques nationaux, tels que le Snep.
Et pour l’Ifpi, ce taux de conversion doit être établi sur la base du rapport entre le chiffre d’affaires généré par une vente et celui généré par une écoute en streaming et devrait être mis à jour régulièrement.
Pour l’Espagne, l’Ifpi a ainsi préconisé que 250 streams équivaudraient à 1 vente.
D’après nos calculs sur la base des chiffres 2015 du Snep, ce facteur de conversion devrait s’établir à 130 streams pour une vente pour le cas français. Le Snep n’a pas souhaité commenter ceci.

Revenons au Top Albums combiné présenté par le Snep.
Combiner les écoutes de diverses chansons avec les chiffres de vente d’un album duquel ces chansons sont extraites est une affaire bien complexe. Combien d’écoutes de combien de titres d’un même album sont-elles nécessaires pour décréter que ceci finalement équivaut à l’achat d’un album ? C’est le concept, factice au fond, de « streams-equivalent-albums » des Anglo-Saxons et qui a induit deux réponses bien différentes aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Faut-il en plus intégrer l’aspect « chiffre d’affaires généré » que cela rajouterait de la complexité, un album se vendant à différents prix selon que c’est en support physique ou en téléchargement.

C’est pourquoi présenter un Top Albums combiné, alors qu’un classement singles agrégé a posé tant de problèmes, est assurément une grande étape de franchie.
Qui plus est, elle intervient à peine un mois après la naissance d’un classement albums combiné en Allemagne, alors que, depuis des décennies, parmi les cinq principaux marchés musicaux au monde, la France faisait office de suiveur très retardataire en matière de classements en phase avec les pratiques internationales.

Il reste maintenant à retranscrire cette percée au niveau des classements hebdomadaires.

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